jeudi 20 décembre 2007

Fiche expérimentation : "Isoler son habitation, qualité et moindre coût : chaux et chanvre"

Fiche expérimentation : "Isoler son habitation, qualité et moindre coût : chaux et chanvre"

Du fait de :
- de la nécessité de devoir s’adapter aux problématiques à venir en matière de disponibilité de l’énergie (fuel, gaz, électricité, bois…) et surtout des surcoûts engendrés par l’augmentation du prix de l’énergie pour le chauffage individuel
- de la complexité des caractéristiques de notre habitation (ancien, neuf, brique, agglos,, pierre..) de l’exposition des pièces, du profil des combles à aménager : chaque maison est un cas particulier
- de l’importance qui sera accordée à la qualité « environnementale « et thermique de notre maison ou de notre appartement (diagnostics divers qui pèseront sur la valeur immobilière du patrimoine au moment de la vente ou de la location)
- de la difficulté de s’informer efficacement sur les diverses propositions commerciales et de les comparer
Il devient prioritaire de travailler à un projet d’isolation de notre habitat qui réalisé dans les meilleures conditions possibles (techniques et financières) devra nous permettre de nous adapter à toute évolution de nos attentes de confort thermique à venir.
Cette fiche rapporte une expérimentation réalisée en 2007 dans une rénovation de bâtiment ancien
Etat des lieux :
Bâtiment ancien (1850) fait de murs de pierres (moellons de qualité variable provenant d’anciennes extractions locales intégrant divers agrégats de blocage montés à la terre ou en mortier de chaux) possèdant des ouvertures de taille variée, peu nombreuses et souvent évasées. Le mode de chauffage de ce bâtiment mal entretenu était à l’origine la cheminée ou le poêle à bois.
L’immeuble est constitué d’un sous-sol, d’un RC surélevé et de combles à aménager
L’expérimentation porte sur une grande pièce du RC d’environ 50m2. (sol non définitif qui sera un plancher chauffant, plafond constitué de solives et poutres).
La période : juin septembre supposée la plus faste pour le séchage .et la plus adaptée au planning de rénovation qui prévoyait l’intervention d’entreprises dans différents domaines.
1 La recherche de documentation et de résultats d’expériences diverses.
A) : les distributeurs de matière première: - Producteurs de chanvre du Belon), Chanvriers de l’Aube, circuits de distribution divers dont Point P, coopératives…. Quelques fabricants proposent des stages. - Producteurs de chaux (Neau en Mayenne, Saint Astier …). B) : les expérimentations et chantiers déjà réalisés: - par des professionnels (il existe en Pays de Loire des entreprises spécialisées). - Par des particuliers (quelques-uns ont édité leur blog) ils sont finalement assez nombreux à avoir testé le dispositif avec des résultats variables: en restauration de cloisons à colombage, en isolation extérieure, en doublage intérieur. Le choix des matériaux était en général lié à la proximité et à la disponibilité. Certains ont utilisé des mélanges chaux aérienne et chaux hydraulique, d’autres ont retenu l’un ou l’autre. Le chanvre a été choisi soit sous forme de chèvenote (brins d’un dizaine de cm de longueur), ou de bris de chanvre (de même texture que les produits commercialisés en jardinage pour couvrir les sols)
1ère démarche: rechercher les caractériqtiques réelles du doublage chaux chanvre au niveau de qualité thermique : des coefficients sont annoncés mais ils sont très liés à la nature du mélange choisi, à sa texture finale et à son épaisseur.
2ème : faire des essais. Il faut se procurer des matériaux divers en petite quantité pour réaliser des tests. Ce qui n’a pas été évident. En découle le choix de la technique : le banchage ou la projection et placage manuels.
3ème : C’est l’expérience qui est essentielle et en principe on ne l’acquiert vraiment qu’à la fin du chantier. Il faut donc prendre du temps au départ pour tester et s’organiser; La température extérieure, la composition du mur support, son état d’humidité, la nécessité de la qualité de l’accrochage, la texture du mélange et son dosage en eau…. Conditionnent la manipulation.
4ème : chaque chantier est particulier en rénovation. Accessibilité, protection des matériaux (le chanvre doit rester au sec, la chaux aussi..) organisation des lieux (malaxeur, transport, stockage… aération)
5ème : mise en œuvre (nombre de personnes, protection individuelle., matériel conseillé)
2 l’heure des choix
a) La technique retenue a été celle du banchage. De plus le résultat du banchage devait nous offrir des surfaces relativement planes et donc la réalisation de l’enduit final plus aisée. Il serait procédé au « placage » manuel en plusieurs couches dans les endroits inaccessibles.
Les solives constituant le plafond permettait de caler et positionner facilement des bastaings ou des éléments de bois de charpente (70 x170) verticalement afin de bloquer des banches. 8 banches utilisées ont été réalisées avec des panneaux de particules en 60 cm x 180cm renforcées sur la longueur de 3 lambourdes de 30x60 . Au sol des lambourdes visées au sol permettent de positionner précisément les bastaings.
b) il a été choisi de doubler les murs sur au moins 10cm d’épaisseur d’enduit chaux chanvre. Plus d’épaisseur (nous avions pensé à 20 cm)aurait réduit sensiblement la surface habitable finale et compliqué la réalisation de linteaux bois sur les ouvertures. Il a fallu tirer au fil à plomb et au niveau les repères au sol car les murs ne présentaient pas de plan vertical régulier. Il a fallu même composer avec un alignement déficient des différentes parois. Cette épaisseur permettait également d’incorporer les différents conduits installés par l’électricien. Il se trouve que l’épaisseur réelle atteint souvent plus de 12 cm.
c) Les produits retenus ont été ceux de Saint Astier. C’est une chaux hydraulique NH L5 dont les caractéristiques nous ont été facilement fournies par le producteur avec des consignes d’utilisation simples et précises . La présence d’un quotat « ciment » nous permettait d’espérer un accrochage efficace . Après décapage des éléments les plus friables nous avons réalisé le « gobetis » conseillé par la documentation ; ce gobetis s’est transformé en véritable « dégrossis » dans quelques endroits sensibles. Le gobetis est un mortier de chaux-ciment et sable relativement gras (dosage conseillé) projeté à la truelle.
d) Le calcul du volume nécessaire s’est révélé plus compliqué que prévu, du fait des ouvertures avec ébrasement, du fait de l’absence de verticalité des murs, du comportement des matériaux plus ou moins tassés selon les épisodes et la qualité du mélange obtenue. En effet le produit malaxé obtenue dans une bétonnière de 120l ne permet d’obtenir que le remplissage de 2 à 3 de nos banches. Le souci de minimiser les frais de transport et livraison en commandant une quantité suffisante nous a conduit à surestimer sensiblement la quantité de chanvre (qu’il a fallu stocker..).
Il faut préalablement à l’emploi décompresser le paillis de chanvre dans un récipient d’une centaine de litres.
D) le matériel:
- collectif : une bétonnière de 160l , des réserves d’eau à portée constituée par des poubelles de 100l, des gamates pour réceptionner le mélange coulant de la bétonnière, des seaux –une dizaine-, des truelles et des petites fourches destinées à tasser le produit derrière le banchage . Ces « fourchettes » ont été en fait des instruments de jardinage pour petits massifs et balcons qui ont donné satisfaction. Divers tasseaux de bois sont nécessaires pour accéder à de plus grandes profondeurs. Il a fallu échafauder à partir de tréteaux et de bastaings pour traiter les parties les plus hautes.
- individuel : une bonne protection par lunettes gants et « bleus » contre la chaux et les diverses projections en cours de gobetis notamment,
E) les mauvaise idées:, ce qu‘il faut éviter de faire:
- par crainte de manque de résistance de l’enduit pour accrocher de la déco nous avons fixé par chevillage ou pattes à sceller des lambourdes à noyer dans l’enduit. Les pièces de bois nous ont handicapé dans le coulage de notre mélange. En séchant, le chqux-chanvre s’est révélé très résistant, et nous n’avons constaté aucun décrochage après le débanchage.

- laisser le matériel en attente de nettoyage surtout si la température est élevée. - remouiller un mélange en cours de prise (casse le processus de prise) - débancher trop tôt (risque d’effondrement du panneau) - utlliser du chanvre qui a pris l’eau quelques jours avant… (il n’absorbe plus aussi bien la chaux liquide) -surdoser l’un ou l’autre des éléments au cours de la gâchée. - ne pas attendre que le chanvre s’imprègne suffisamment après le malaxage. - oublier de huiler légèrement le fond de banche (risque d’arrachage de quelques particules au décoffrage) et ne pas avoir prévu des cales de blocage-déblocage entre les banches et les bastaings.

3 La réalisation
l’idéal :une équipe de 3 personnes . L’un doit conduire la bétonnière et l’alimenter , les autres fixent les banches, transportent et coulent le produit. Une phase essentielle: le tracé au sol et la fixation des bastaings par serre joints ou vissage. Le rendement était d’environ 8 banches par jour et décoffrage le lendemain.
La manipulation des sacs de chaux (35kg) des sacs de chanvre (20kg mais peu de prise) qu’il faut décompacter et le remplissage des réserves d’eau a pesé dans l’organisation.
L’aspect de l’enduit au décoffrage, de couleur gris foncé est irrégulier suivant la façon dont il a été coulé et tassé. L’eau perle à la surface durant une semaine. La prise s’effectue assez rapidement en fonction de la température et de la circulation de l’air. Progressivement la teinte s’éclaircit au gris clair. Trois semaines doivent suffire pour entreprendre l’enduit final .
Nos dosages :
MORTIER de CHANVRE ::Batichaux NHL5-Z (35kg) de Saint Astier + 1/2 sac de 100l de chanvre + 3 seaux d’eau de 10l
GOBETIS et dégrossis : 1 seau de batichaux pour 2 seaux de sable
Enduit de recouvrement : de 10 à 12 mm. Sable de carrière tamisé (N°10) et chaux de Neau (batidol) dosage : 1 seau de chaux aérienne pour 3 de sable tamisé. Il est possible de teinter le mélange au moment du malaxage avec des oxydes prévus pour les bétons. Un vieux maçon nous a conseillé d’ajouter un 1/2 seau de ciment blanc par gâchée pour accélérer la prise. Ce que nous n’avons pas fait. La prise (temps hivernal) est assez lente, le séchage est assez long (de 15 jours à 3 semaines ?) en fonction de l’époque de l’année. Nous avons procédé par panneaux avec des règles pour les angles des embrasures

Les intervenants:
Il faut être en bonne forme car il y a de la manutention; l’apprentissage se fait rapidement. Le bon sens est nécessaire pour élaborer un banchage de qualité (stable, solide et évolutif). Le plaquage à la main reste simple et efficace mais irrégulier.
L’enduit final nécessite un peu plus de savoir faire si l’on veut obtenir un état de surface de bonne qualité.

4 le coût
Hors l’eau et le sable de carrière utilisé , hors le coût de fabrication des banches , d’achat des bastaings et autres éléments de bois, hors le coût des matériels de fixation ou de maçonnerie (truelles, gamates, seaux, taloches…)
Il a été utilisé environ 35 sacs de chanvre Tradical (551€ HT) et 70 sacs de chaux (597€) pour environ 4 M3 de mélange. Prix de revient au M3 :287€ HT environ. 1 M3 c’est un panneau de 10M² sur 10 cm d’épaisseur.
En utilisant la technique du Belon (tehnichanvre.com) 12,80 euros le sac de fibre CO15 (100l), 12 euros le sac de chaux de Neau, 9,50 le sac de chaux hydraulique. Dans le rapport 1/3, 2/3 de sac pour 100l de chanvre on estimerait à 300 € le PR du M3 de mélange. (Chiffrage début 2007)

5 Le bilan
Le mélange chaux chanvre devient dur et finalement s’accroche bien dès que l’on procède à un léger gobetis. Mais avec + de 10 cm d’épaisseur et un mur qui n’absorbe pas, il peine à sécher si l’aération est insuffisante. Le résultat est remarquable en matière d’insonorisation. La difficulté a été de bien respecter le positionnement de sortie des conduits électriques, il a fallu « bûcher » pour replacer les prises. L’enduit à la chaux s’est révelé agréable à travailler et à surfacer. Là aussi nous avons eu des difficultés de séchage: mauvaise période et manque d’aération du fait des intempéries. La couleur finale est obtenue par le sable de carrière et la tonalité légèrement beige de la chaux de Neau.

6 Les contacts
L’entreprise Point P est de bon conseil. Celle de Laval (route du Mans) nous a fourni un excellent support d’information-conseil et nous a livré les matériaux nécessaires à des conditions financières très correctes.
La documentation internet :
Les entreprises tradichanvre – Riec sur Belon – les chanvrières de l’Aube….
les blogs individuels d’expérimentateurs (chanvre – chèvenote..)
La documentation technique adressée par :
-les chaux de Neau en Mayenne (Batidol)
-les chaux de Saint Astier (CESA) 05 53 54 11 25 : guide d’utilisation et caractéristiques
- les chaux Calcia (groupe Socli) 05 62 99 25 73 : documentation et miniguide
Des chantiers réalisés:
Contact « ALISEE » Angers

Des photos seront installées sur le site internet courant 2008

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